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Ambronay 2011 : Enrico Onofri et Divino Sospiro

mardi 4 octobre 2011 par Laurent Marty

Tout est musique à Ambronay - et baroque le plus souvent. Il y eut ainsi une visite en musique de l’Abbaye, balade dans l’histoire mouvementée, parfois croustillante, du bâtiment et de la congrégation religieuse qui y vécut, accompagnée d’un joueur de théorbe. Sensation très classe d’avoir son ménestrel privé. Puis un solo de danse contemporaine de Christina Towle sur la Cinquième suite pour violoncelle seul de Bach jouée par Marie Ythier dans le cloître et sur les pelouses. Essai intéressant, parfois un peu brouillon dans ses intentions, qui a attiré un public conséquent. Même la messe dominicale fut musicale, accompagnée par la Maîtrise de la Primatiale de Lyon dirigée par Jean-François Duchamp qui donnait ensuite un concert spirituel dédié à Bach et Mozart.

L’après-midi, spectacle pour les jeunes en musique… baroque, cela va de soi. La narration du Poucette de Perrault par Isabelle Desrochers devient prétexte à un spectacle d’une heure, où les états d’âme de la minuscule héroïne sont illustrés d’airs tirés des classiques français, accompagnés par rien moins que Jonathan Dunford à la viole et Claire Antonini au théorbe.

Spectacle à l’ancienne, dans un registre de langage un peu élevé pour des enfants à l’heure des Beyblades et autres Naruto, qui n’est peut être pas de nature à passionner longtemps des bambins plus si sages. Qui sait quelles vocations en naîtront, et s’il ne se trouvait pas dans le public un futur Christophe Rousset ou une prochaine Stéphanie d’Oustrac ?

Puis, hélas, le week-end s’achevait, mais en beauté. Divino Sospiro est un jeune ensemble portugais porté par la direction d’Enrico Onofri, l’un des meilleurs violonistes baroques d’Italie, connu pour sa collaboration avec Il Giardino Armonico. Une filiation que l’on retrouve bien sûr dans ce concert. Mêmes fureurs des tempos rapides, mêmes accents obsédants d’une basse survitaminée, même lumière crue d’archets aiguisés aux phrasés mordants. Avec quelque chose en propre, cependant : une élégance dans cette furia, une finesse et légèreté de pâte, des angles moins abrupts. La discipline, en tout cas, est impeccable même au plus fort des bourrasques les plus agitées, même si l’on pouvait rêver continuo plus varié.

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Enrico Onofri
DR

Bien sûr, les concertos de Vivaldi bénéficiaient le plus de cette approche musclée. Le Concerto « Grosso Mogul » nous montrait Onofri à son meilleur. La sonorité large et puissante, le tempo d’une virtuosité folle, comme improvisé, d’une joie presque sauvage dans le dernier mouvement, transportent l’œuvre entre accents tziganes et Orient rêvé. Dans des tempos à la limite de l’intelligibilité, le Concerto pour quatre violons Op.3 n°10 avouait quelques limites chez les solistes issus de l’orchestre, d’autant qu’Enrico Onofri, très à l’aise, se livrait dans sa partie à une surcharge décorative non dénuée d’un certain humour et d’un petit esprit de défi dans le plus pur style : « et celle-là, tu sais la faire ? », bien dans l’esprit des virtuoses baroques.

Si ce style convient aux longues périodes harmoniques de Vivaldi, dont la mécanique de précision se trouve éclairée par ces tempos extrêmes, il paraît par contre moins adapté aux phrases plus riches et changeantes de Bach. Le Concerto pour hautbois BWV 1055 manquait du balancement que l’on attend dans ce répertoire plus intimiste. Parfois bousculées, les phrases ne respiraient pas toujours suffisamment et le jeu du soliste, guère rayonnant, en devenait parfois chaotique dans le finale pris plus Molto vivace qu’Allegro ma non tanto, comme le voulait le compositeur. D’où des triolets de doubles-croches en dehors du tempo et une tendance notable au ralentissement.

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Ana Quintans
DR

Belle trouvaille que ces extraits d’œuvre de Pedro António Avondano (1714-1782), fils d’un violoniste génois dont toute la carrière s’est déroulée au Portugal, au service de la cour de Joseph I. Célèbre avant tout pour sa musique instrumentale et religieuse, il a également été le premier compositeur d’opéra portugais dont les œuvres aient été représentées devant la cour.

Ces trop courts extraits de cantate et ces deux symphonies (seules survivantes) nous on fait découvrir un musicien très vivant, au style tout italien dans son vocabulaire et déjà classique par ses tournures, au goût marqué pour les modulations dramatiques et les effets théâtraux. Dans les extraits de sa cantate La Morte d’Abel, comme dans les deux airs de Telemann, la soprano Ana Quintans a fait valoir une voix au timbre léger et très plaisant, une jolie présence physique, très expressive. Dommage, seulement, que la puissance soit parfois mal contrôlée dans l’aigu, un peu crié. On aurait fortement apprécié de découvrir l’œuvre dans son intégralité, et l’on ne peut qu’espérer voir Enrico Onofri continuer à défricher les partitions portugaises de cette époque.

Feux d’artifice vénitiens pour conclure, et une jolie découverte que vous pourrez prolonger sur France Musique où le concert sera diffusé ce 05 octobre à 14 heures.

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- Ambronay
- Abbaye, spectacle sous chapiteau
- 18 septembre 2011
- Poucette : conte en musique d’après Hans Christian Andersen. Œuvres de François Couperin, Jean-Philippe Rameau, Jean-Baptiste Lully...
- Isabelle Desrochers, soprano et récitante
- Jonathan Dunford, viole de gambe
- Claire Antonini, théorbe

- Ambronay
- Abbatiale Notre-Dame
- Johann Sebastian Bach (1685-1750), Concerto en la majeur pour hautbois d’amour BWV 1055
- Antonio Vivaldi (1678-1741), Concerto pour quatre violons en si mineur op. 3 N° 10 RV 580 ; Concerto pour violon « Grosso Mogul » en ré majeur RV 208
- Pedro António Avondano (1714-1782), extraits de la Cantate « La Morte d’Abel » ; Sinfonia en ré majeur ; sinfonia en fa majeur.
- Georg Philipp Telemann (1681-1767), extraits de la Cantate « Die donner ode »
- Ana Quintans, soprano
- Ensemble Divino Sospiro
- Enrico Onofri, direction et violon solo











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