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Ambronay 2010 : Estampes et Europa Galante

samedi 2 octobre 2010 par Richard Letawe
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Europa Galante
© Simon Fowler

A côté des grandes têtes d’affiche de sa programmation, les Paul O’Dette, Gabriel Garrido, Ton Koopman ou Leonardo Garcia Alarcon, le Festival d’Ambronay mène une politique active de soutien aux jeunes musiciens et ensembles, accueillant certains pour des résidences de longue durée, et leur permettant de se frotter au public à diverses occasion. Ce samedi en fin d’après-midi, c’est l’ensemble Estampes qui se produisait dans un programme de musique française, alors que la soirée était plus tard occupée par Fabio Biondi et son ensemble Europa Galante dans Vivaldi.

L’ensemble Estampes est un trio composé de la violoniste japonaise Yoko Kawakubo, de la gambiste française Myriam Rignol et du claveciniste belge Julien Wolfs. Il figure au palmarès du concours italien Premio Bonporti en 2008, et a remporté en 2009 le Concours de Bruges dans la catégorie des ensembles instrumentaux.

Dans la très belle Tour Dauphine de l’Abbaye d’Ambronay, cadre idéal pour la musique de chambre et le récital, le trio propose un beau programme, bien équilibré, alternant Rameau et Marais, et une pièce aléatoire de leur propre composition. Un beau programme donc, mais dont la réalisation n’est cependant pas tout à fait à la hauteur des exigences ; En effet, si les trois musiciens s’écoutent mutuellement de façon très sensible, et font preuve d’une grande expertise stylistique, leur Rameau sonnant bien différemment de leur Marais, les disparités de leur niveau d’inspiration de ce jour étaient bien trop flagrantes. Entre une violiste sobre, sûre d’elle, émettant un son extrêmement doux mais ferme, un claveciniste assez précis, au jeu bien articulé, mais très effacé, ne parvenant pas à faire pleinement sonner un instrument pourtant superbe, et une violoniste aux intentions attachantes, mais au son assez aigre, à la justesse déficiente et à l’articulation imprécise, la plupart des pièces jouées lors de ce concert suintaient l’ennui et l’application, manquant de vigueur, de relief et d’envie. Seule la Sonnerie de Sainte-Geneviève du Mont de Paris était vraiment réussie, bien rythmée, à la respiration naturelle, avec un clavecin enfin affirmé, soutenant la cadence avec obstination, et les deux instruments à cordes qui se montrent mordants et ambitieux.

Le concert du soir aurait dû être rehaussé de la présence de Vivica Genaux, mais la chanteuse étant souffrante, elle a dû être remplacée à la dernière minute par Gemma Bertagnoli. Cela a de fait entraîné une modification importante du programme, qui de florilège d’airs lyriques complété de pages orchestrale est plutôt devenu une succession de concertos agrémentée d’airs vocaux. La nature de la soirée a donc changé, mais les musiciens d’Europa Galante sont assez rompus à ce répertoire pour ne rien laisser paraître de la préparation raccourcie qu’ils ont eue pour certaines pièces, et toutes les œuvres interprétées ce soir le furent à un haut niveau de qualité.

Cela fait vingt ans maintenant que Fabio Biondi et Europa Galante se sont rendus célèbres grâce aux concertos de Vivaldi qui ont été pour eux l’élément décisif de leur percée. Il n’y a pourtant nulle trace de routine ou d’automaticité dans les concertos pour violons joués ce soir, mais bien un enthousiasme qui ne faiblit pas, et une familiarité qui permet à leurs interprétations d’être naturelles et évidentes. Le style a mûri, il est un peu moins flamboyant que lors des débuts, mais a gagné en sensibilité et en souplesse, et reste toujours très vivant, énergique et coloré. Mis à part un Larghetto du Concerto n°9 de l’Estro Armonico assez imprécis, la maîtrise et la facilité de Fabio Biondi sont exemplaires toute la soirée, la complicité avec ses amis instrumentistes éclatant dans un concerto pour deux violons dans lequel Andrea Rognoni se montre lui aussi subtil et raffiné. Rie à redire donc, si ce n’est que la succession de trois concertos au début de la seconde partie aurait avantageusement pu être interrompue par un extrait vocal, mais on comprend bien qu’il était difficile de procéder autrement vu les bouleversements subis par le programme.

Dans les parties vocales justement, Gemma Bertagnoli réalise une prestation empreinte de sensibilité. Mis à part son premier air, extrait de la Fida Ninfa qu’il vaut mieux passer sous silence, le reste est très convaincant : les difficultés techniques sont assumées avec brio et l’interprétation très soignée. Le chant manque parfois de projection, mais le timbre est très attrayant, et les vocalises font forte impression, en particulier dans le motet In furore.

Il y avait à part celle de Vivica Genaux une autre absence, plus préoccupante, celle de Maurizio Naddeo, un des violoncellistes d l’ensemble Europa Galante, qui est gravement malade. Le bis lui est dédié, l’air final d’Il Trionfo del Tempo e del Disinganno de Haendel chanté d’une manière qui n’est guère orthodoxe par Gemma Bertagnoli, mais avec un investissement total, avec pour résultat une émotion qui n’était pas strictement musicale, mais qui était pourtant particulièrement prenante.

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- Marin marais (1656-1728), Sonate à la Maresienne ; Sonnerie de Sainte-Geneviève du Mont de Paris
- Yoju-mi Kawori (collectif), Keihatsu, parcours improvisé pour violon baroque, viole de gambe et clavecin.
- Estampes : Yoko Kawakubo, violon ; Myriam Rignol, viole de gambe ; Julien Wolfs, clavecin

- Abbatiale
- Antonio Vivaldi (1678-1741), Sinfonia Il coro delle muse ; Air Destin avaro, extrait de La Fida ninfa ; Concerto pour violon en Ré majeur Op.3 n°9 Estro armonico ; Air Amato ben, extrait de Ercole sul Terdomonte ; Sinfonia de Ercole sul Terdomonte ; Concerto pour deux violons en la mineur Op.3 n°8 Estro armonico ; Concerto pour violon en la mineur RV357 La Stravaganza ; Concerto pour violon en Fa majeur RV284 La Stravaganza ; Motet In furore RV626
- Gemma Bertagnoli, soprano
- Andrea Rognoni, second violon Concerto Op.3 n°8
- Europa Galante
- Fabio Biondi, violon et direction






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