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Amandine Beyer et Gli Incogniti : au révélateur de la scène.

mercredi 16 mars 2011 par Carlos Tinoco
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Amandine Beyer
DR

Le disque Vivaldi d’Amandine Beyer et des Incogniti contenant déjà les Quatre Saisons et le concerto pour deux violons et violoncelle RV 578a avait divisé la critique. Pour notre part, si nous préférons un geste plus italianisant (celui d’un Carmignola) et si le violon d’Amandine Beyer nous paraît manquer de sensualité, on avait tout de même été conquis par la vivacité, la fraîcheur et l’inventivité de ces versions. Restait à écouter l’ensemble in vivo, ce qui fut fait l’autre jour dans l’écrin du Théâtre de la Ville. On en est ressorti avec de multiples interrogations.

De la même façon qu’il y a de petites et splendides voix auxquelles le disque rend infiniment plus justice que la scène (celle de Cecilia Bartoli par exemple), il y a une question qui se repose à chaque fois que l’on entend certains instruments anciens dans de grandes salles : les conditions d’écoute ne sont-elles pas rédhibitoires ? Ce n’est pas l’acoustique du Théâtre de la Ville qui est en cause, mais simplement son volume qui se révèle bien grand pour des violons et des archets baroques tenus sans que le menton appuie sur l’instrument. Du coup, tout ce qui, au disque, se jouait dans la violence de certains contrastes dynamiques paraît ici étouffé et ce qui nous avait ébouriffé semble lissé et assagi sans que le jeu des instrumentistes soit en cause. C’est peut-être pire encore, s’agissant du traverso : Manuel Granatiero en joue avec une exquise délicatesse, mais dès que résonne un tutti (si on peut appeler cela ainsi : deux violons, un alto, un violoncelle, un violone, un théorbe et un clavecin !), on ne l’entend presque plus. Du coup, le manque d’italianité qui nous avait un peu frustré au disque, mais qui était largement compensé par l’audace et le souffle qui traversait l’interprétation, laisse place à quelque chose qui semble s’inscrire dans une tradition d’interprétation baroque plutôt flamande, quand en plus nos amis bataves manquent un peu de tension et de chair (ce qui leur arrive parfois). Un comble, pour l’élève de Chiara Bianchini, qui n’a pourtant plus rien à prouver en matière de d’impulsion et de motricité !

On nous trouverait sévère avec les interprètes, si seulement il était question d’eux. Mais insistons : il nous paraît évident que les conditions d’écoute du concert sont bien plus en cause que le geste véritable des Incogniti dont les qualités se confirment à la scène, en termes de subtilité des phrasés et de conduite du tempo. D’ailleurs, certains moments des mouvements lents où ils osent des ppp à couper le souffle sont magnifiques (on pense notamment à celui du RV 431). Saluons au passage un programme qui fait la part belle aux autres instruments que le violon et sachons gré à Amandine Beyer de ne jamais se pousser en avant, tout en assurant à l’ensemble une direction ferme. Il en va de même dans les Quatre Saisons, conçues non pas comme un morceau de bravoure violonistique mais comme une traversée d’espaces contrastés où l’essentiel se joue dans les interventions inopinées de tel ou tel instrument et dans les effets polyphoniques inattendus, ce souci du détail qui permet à leur interprétation d’être constamment surprenante sans jamais paraître trahir l’œuvre ou l’utiliser comme prétexte. Alors, bien sûr, amoureux de la rondeur et de la volupté violonistique, il vous faudra chercher votre bonheur ailleurs. Mais ce concert confirme assurément que gli Incogniti se sont frayés une voie dans l’univers baroque, une sorte d’équilibre étonnant entre le geste sec qui se pratique en pays Rhénan (on pense aux émules de Reinhard Goebel) et la fantaisie qu’ont amenée Fabio Biondi et ses successeurs italiens.

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- Paris
- Théâtre de la Ville
- 05 mars 2011
- Antonio Vivaldi (1678-1741), Concerto pour deux violons et violoncelle en sol mineur RV 578a ; Concerto pour traverso en la mineur RV 440 ; Concerto pour violoncelle en ut majeur RV 398 ; Concerto pour traverso en mi mineur RV 431 ; Les Quatre Saisons
- Gli Incogniti
- Amandine Beyer, violon et direction











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