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Amadis de Gaule en trompe-l’œil figé

vendredi 13 janvier 2012 par Gilles Charlassier
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© Pierre Grosbois

L’ouverture de la saison lyrique de l’Opéra royal de Versailles se fait cette année sous les augures d’une recréation en France. Commandé par l’Académie royale de musique – la dénomination princeps de l’Opéra de Paris –, l’unique avatar français du corpus lyrique du Bach de Londres n’avait pas connu de représentations dans l’hexagone depuis 1779, contemporaines de l’intendance intermittente d’Antoine Dauvergne au sein de la plus grande institution musicale du royaume. Les deux soirées d’Amadis de Gaule constituent par ailleurs la clôture des journées consacrées au compositeur français par le Centre de musique baroque, dans le cadre de son festival d’automne annuel, comme en une sorte de passage de relais entre les deux programmations qui se partagent désormais les murs du théâtre, depuis sa réouverture après une campagne de rénovation.

Du cahier des charges demandant à tirer profit des trompe-l’œil dont est faite la salle, Marcel Bozonnet, sociétaire de la Comédie Française auquel il a été fait appel pour la production, a suivi les indications à la lettre, oubliant probablement d’animer les situations, lesquelles sombrent souvent dans un statisme convenu. A sa décharge, il convient d’admettre que le livret d’Alphonse de Vismes, tiré de Quinault, et narrant les amours d’Oriane et du prince de Gaule contrariées par Arcabonne, jalouse prêtresse des Enfers, n’impulse pas un dynamisme dramaturgique des plus évidents, particulièrement au premier acte, passablement alangui. Le propos se resserre néanmoins dans les deux suivants, et se conclut par un de ces grands finales dont la tradition française a le secret, héritage de la tragédie lyrique auquel l’ouvrage de Johann Christian Bach rend hommage, autant qu’il emprunte aux réformes de Gluck. Les mouvements chorégraphiques imaginés par Natalie van Parys, qui émaillent le spectacle, se distinguent par leur élégance, sans cependant accroître significativement l’intensité dramaturgique.

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© Pierre Grosbois

Il faut se tourner vers la réalisation musicale pour trouver de plus amples satisfactions, avec en premier lieu la direction de Jérémie Rhorer. A la tête de son ensemble Le Cercle de l’Harmonie, il anime avec énergie les couleurs pastel de la partition, oscillant entre baroque et préromantisme. Peut-être en raison de l’annulation des représentations slovènes qui auraient dû précéder celles de Versailles, la battue manque-t-elle de cette fougue juvénile qui attisait au Théâtre des Champs Elysées en juin dernier les élans d’Idomeneo, de deux ans cadet de l’opéra du fils Bach. Pour autant, à l’inverse de cette dernière, œuvre d’un homme jeune de vingt-cinq ans, Amadis de Gaule est un fruit de la maturité, où autant que les fragrances Sturm und Drang, ce sont la maîtrise et l’équilibre de l’inspiration qui en font le prix, sans négliger des harmonies qui savent ce qu’elles doivent à Rameau, ce que le chef français a parfaitement compris.

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© Pierre Grosbois

De la distribution vocale, Philippe Do se détache nettement dans son incarnation du héros éponyme, magnifiée par sa diction impeccable – ce qui ne saurait s’avérer superfétatoire, compte-tenu de l’absence de surtitres. Son souci d’alléger la texture se montre payant, sans jamais altérer la présence scénique, ni la sapidité du résultat. Sa partenaire, Hélène Guilmette, irise avec fraîcheur le rôle d’Oriane, et contraste avec la jalousie musquée d’Arcabonne, tenue par une Allyson McHardy au fait de la dramatisation des situations, au prix d’une émission alourdie et d’une intelligibilité défaillante, avec une métallicité excessive du timbre. On n’entendra pas plus de légèreté dans l’Arcalaüs de Franco Pomponi, même cette ampleur un rien rustaude n’est pas hors de propos. Le reste du plateau ne démérite nullement, ainsi que les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles.

Il reste à souhaiter que l’exhumation de la soirée ne restera pas un hapax après les représentations à l’Opéra Comique en début janvier.

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- Versailles
- Opéra royal
- 10 décembre 2011
- Jean-Chrétien Bach (1735-1782), Amadis de Gaule. Tragédie lyrique en trois actes. Livret d’Alphonse de Vismes d’après Philippe Quinault.
- Mise en scène, Marcel Bozonnet ; Chorégraphie, Natalie van Parys ; Décors, Antoine Fontaine ; Costumes, Renato Bianchi ; Lumières, Dominique Bruguière.
- Philippe Do, Amadis ; Hélène Guilmette, Oriane ; Allyson McHardy, Arcabonne ; Franco Pomponi, Arcalaüs ; Julie Fuchs, Urgande/Premier Coryphée ; Alix Le Saux, La Discorde/Deuxième Coryphée ; Peter Martinčič, La Haine/L’Ombre d’Ardan Canil ; Ana Dežman, Soprano solo ; Martin Sušnik, Ténor solo.
- Compagnie de danse Les Cavatines
- Les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles ; Olivier Schneebeli, direction
- Le Cercle de L’Harmonie
- Jérémie Rhorer, direction






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