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Aix en Provence 2009 : Le Crépuscule des dieux

mercredi 15 juillet 2009 par Olivier Lalorette
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© Elisabeth Carecchio

Commencé en 2006 au Théâtre de l’Archevêché, le Ring aixois se termine cet été avec le Crépuscule des dieux au Grand Théâtre Provence.

Comme dans les volets précédents l’Orchestre Philharmonique de Berlin offre un grand spectacle. Transparence et beauté des timbres sont au rendez-vous, ce qui ne se fait en aucun cas au détriment de l’impact dramatique (même si l’on a connu des directions plus engagées). Si Simon Rattle ne semble pas retenir l’enthousiasme de ses troupes, cela ne pose pas de vrai problème d’équilibre entre la fosse et la scène. Le public réservera une véritable ovation au chef.

L’esthétique – très minimaliste – de Stéphane Braunschweig dans ce dernier volet de la Tétralogie, est dans la droite ligne des épisodes précédents, mais le metteur en scène semble moins inspiré, tout particulièrement dans la scène des nornes et dans le premier acte. Le vide règne dans cette partie du spectacle : un vide de la mise en scène que les chanteurs vont combler fort heureusement. Une bonne idée en ressort malgré tout, la vision de Hagen dans son fauteuil met l’accent sur un point qui semble cher au dramaturge : cette histoire repose sur les rêves de quelques uns des personnages principaux.

Le deuxième acte s’ouvre sur la forêt métallique, d’où Alberich sort tel un fantôme comme dans l’épisode précédent. Le troisième acte est plus inspiré : la scène des filles du Rhin est réussie pour son décor et son humour, de même que la mort de Siegfried très héroïque et humaine à la fois. Brünnhilde se retrouve bien seule lors de sa dernière tirade, et diminue l’effet que cette fin du monde peut inspirer. Détail original : Wotan revient pour regarder le spectacle final et périr dans les flammes.

Dans le programme, Stéphane Braunschweig décrit ce volet de la Tétralogie comme le cauchemar de Brünnhilde (après celui de Wotan pour les épisodes précédents) : effectivement la Walkyrie ne quittera pas la sorte de chemise de nuit qu’elle porte, depuis sa première scène dans le lit conjugal avec le héros jusqu’à l’incendie final, et tout dans la dramaturgie est pensé pour la mettre au premier plan. Si l’analyse de Braunschweig, qui évoque le réalisme de ce dernier volet (par opposition aux précédents) est totalement justifiée, cela ne se retrouve pas sur scène. La liberté de Siegfried, qui contraste avec l’obéissance filiale de Hagen, est en revanche bien retranscrite. Finalement cette mort de l’être libre n’en devient que plus touchante.

Sur le plan dramatique justement Ben Heppner semble infiniment plus libéré que dans Siegfried. Son personnage est naïf, sincère et va même jusqu’à faire quelques traits d’humour en particulier quand il aborde Gutrune, ou les trois filles du Rhin. Il emporte aussi l’adhésion par la sympathie que dégage son incarnation. Vocalement c’est également beaucoup plus libre, beaucoup moins forcé, et finalement plus beau et plus sonore que l’année dernière. Il s’impose comme le Siegfried du moment.

La Brünnhilde de Katarina Dalayman s’impose également. Vocalement, elle est impressionnante de luminosité, de lyrisme et de puissance. Elle campe ce que doit être la Walkyrie lors de cette dernière journée : touchante et féminine. Le Hagen de Mikhaïl Petrenko pose un problème de couleur : si la voix possède bien la tessiture du rôle, le timbre n’est pas assez noir pour incarner la méchanceté du fils du Nibelung. Le chanteur ne démérite pas pour autant : toutes les notes sont bien là, et c’est théâtralement relativement convaincant. Gerd Grochowski – le Kurwenal scaligère – est un Gunther d’une grande noblesse vocale, torturé, qui va payer cher l’audace (la seule de sa vie) d’avoir défié Hagen. Dale Duesing est un Alberich plus convaincant et mieux chantant que l’année dernière.

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© Elisabeth Carecchio

Parmi les déceptions, Emma Vetter incarne sans grande conviction une Gutrune de petit format, et Anne-Sophie von Otter est une Waltraute bien terne. Les ensembles ne souffrent d’aucun défaut, qu’il s’agisse des trois nornes, des trois filles du Rhin ou des choeurs de la Radio de Berlin.

Un final en crescendo pour ce Ring d’Aix qui est indéniablement une réussite. A noter que Bel Air Média a filmé ce volet, on peut donc espérer le voir sortir un jour en DVD comme la Walkyrie.

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- Aix en Provence
- Grand Théâtre de Provence
- 12 juillet 2009
- Richard Wagner (1813-1883), Götterdämmerung, troisième journée du Festival scénique L’Anneau du Nibelung. En 3 actes et 1 prologue.
- Mise en scène, Stéphane Braunschweig ; Costumes, Thibault Vancraenenbroeck ; Lumières, Marion Hewlett ; Dramaturgie, Anne-Françoise Benhamou
- Siegfried, Ben Heppner ; Brünnhilde, Katarina Dalayman ; Hagen, Mikhaïl Petrenko ; Gunther, Gerd Grochowski ; Waltraute, Anne Sophie von Otter ; Gutrune, Emma Vetter ; Alberich, Dale Duesing ; 1ère norne / Flosshilde, Maria Radner ; 2ème norne, Lilli Paasikivi ; 3ème norne, Miranda Keys ; Woglinde, Anna Siminska ; Wellgunde, Eva Vogel
- Rundfunkchor Berlin. Chef de chœur, Simon Halsey
- Berliner Philharmoniker
- Sir Simon Rattle, direction











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