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Adriana Lecouvreur au Liceu de Barcelone

samedi 21 juillet 2012 par Emmanuel Andrieu
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© Antoni Bofill

Très rare à la scène, l’Adriana Lecouvreur de Francesco Cilea était à l’affiche du Liceu de Barcelone pour treize soirées, et ce ne sont pas moins de trois distributions différentes qui se relayaient. Pour la dernière, on ne pouvait rêver plus luxueuse affiche, avec Barbara Frittoli, Roberto Alagna, Dolora Zajick et Juan Pons dans les rôles principaux. Disons le d’emblée, c’est un vent de folie qui a traversé le Liceu, avec une audience en délire et une interminable standing ovation.

Difficile de résister au charme subtil d’Adriana Lecouvreur qui, tel le lent poison versé par la Princesse de Bouillon dans le bouquet de violettes offert à sa rivale, vous pénètre insidieusement et vous fait mourir de plaisir… L’opéra le plus populaire de Cilea est un chef-d’œuvre du mélodrame qui a été, par le passé, transfiguré par des cantatrices de légende : Raina Kaibavanska, Montserrat Caballé (bien évidemment in loco !) ou encore Margaret Price.

Le Liceu a eu bien raison de coproduire cette mise en scène signée par David Mc Vicar - étrennée au Covent Garden de Londres, et qui viendra ultérieurement à Paris -, d’autant qu’elle était remontée par Justin Way, un proche collaborateur du metteur en scène britannique. Pour recentrer l’action autour de la célèbre héroïne et de sa vie qui est le théâtre, Mc Vicar et son décorateur Charles Edwards ont imaginé un authentique théâtre en bois du XVIIIème siècle (l‘époque du livret). Monté sur un plateau tournant, il offre aussi une perspective sur les coulisses et les loges qui lui sont inhérentes.

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© Antoni Bofill

Selon un procédé maintenant bien rôdé, notamment par Robert Carsen et Olivier Py, David Mc Vicar joue la métaphore du théâtre dans le théâtre. Nous retiendrons également les magnifiques costumes de Brigitte Reiffenstuel, les éclairages raffinés d’Adam Silverman, sans oublier la chorégraphie d’Andrew George pour le fameux ballet du « Jugement de Pâris ».

Le rayonnement de Barbara Frittoli en Adriana est celui d’une immense chanteuse : générosité du timbre, sincérité des accents, immédiateté de l‘émotion, beauté du legato aussi bien dans l’air « Io son l’umile ancella » que dans « Poveri fiori ». Impossible dès lors de ne pas succomber à cette présence vocale franche et directe, soutenue par une louable économie de gestes et un port altier.

Pour sa prise de rôle, Roberto Alagna (Maurizio) fait preuve d’une grande classe - si l’on excepte quelques sanglots déplacés aux relents véristes auxquels le ténor français s’adonne trop souvent -, et continue de subjuguer grâce à son timbre solaire, à sa magnificence vocale, à son art des demi-teintes et des mezza voce, qui font particulièrement merveille dans le « Dolcissimo effigie » et plus encore dans le sublime « L’anima ho stanca ». Quant à son jeu, sobre et percutant, il rend plausibles les hésitations sentimentales d’un héros sur ce plan plus terne que de coutume, dans le répertoire italien.

Inoubliable aussi la magistrale Princesse de Bouillon incarnée par Dolora Zajick. La mezzo américaine affiche avec un aplomb confondant toute l’arrogance maléfique de cette figure, de sa voix tranchante comme une lame et d’une puissance phénoménale.
Le vétéran Juan Pons (Michonnet) confère un fort relief à son personnage, avec beaucoup de sobriété dans l’accent, mais la ligne de chant est désormais malmenée et le timbre fatigué.
Le reste de la distribution est tout à fait convenable, avec un abbé de Chazeuil (Francisco Vas), incarnation du parfait courtisan, et un Prince de Bouillon (Giorgio Giuseppini) que l’on rêverait néanmoins mieux chantant.

Au pupitre, Maurizio Benini s’abandonne au bonheur de se laisser envoûter par le charme vénéneux du mélodrame poussé à son paroxysme. Sous sa baguette, on perçoit comment, sous quelques conventions véristes, l’instrumentation de Cilea est beaucoup plus imaginative, lumineuse et raffinée que certains ne le pensent. Et Beninini, à la tête d’un somptueux Orchestre symphonique du Gran Teatre del Liceu, a mis ainsi en valeur le lyrisme et l’ample respiration du phrasé orchestral induits dans la partition de Cilea.

Au bilan, l’une de ces soirées magiques, où théâtre et musique, paroles et chant, se fondent, au point qu’au moment de la mort de l’héroïne, un frisson a traversé la salle et une larme a perlé au coin de l’œil de plus d’un spectateur.

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- Barcelone
- Gran Teatre del Liceu
- 03 juin 2012
- Francesco Cilea (1866-1950), Adriana Lecouvreur, opéra en quatre actes. Livret d’Arturo Colautti d’après le drame d’Eugène Scribe et d’Ernest Legouvé.
Metteur en scène, David Mc Vicar ; Décors, Charles Edwards ; Costumes, Brigitte Reiffenstuel ; Lumières, Adam Silverman ; Chorégraphies, Andrew George.
- Barbara Frittoli, Adrienne Lecouvreur ; Roberto Alagna, Maurizio ; Dolora Zajick, La Princesse de Bouillon ; Giorgio Giuseppini, Le Prince de Bouillon ; Juan Pons, Michonnet ; L’Abbé de Chazeuil, Francisco Vas.
- Cor Del Gran Teatre del Liceu ; Chef de chœur, Jose Luis Basso
- Orchestra del Gran Teatre del Liceu
- Maurizio Benini, direction






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