ClassiqueInfo.com




Académie Bach d’Arques-la-Bataille 2012 : The Elfin Knight et Un Coeur Aventureux

mardi 28 août 2012 par Philippe Houbert

La soirée du mercredi 22 août du festival d’Arques-la-Bataille nous conduisait en bordure de falaise dominant la Manche, dans ce lieu magique qu’est l’église de Varengeville dont l’ombre veille sur les tombes de Georges Braque et Albert Roussel.

Avouons que la perspective d’y entendre un ensemble inconnu (de nous, mais aussi jamais invité en France) dans un de ces programmes de ballades anglaises et écossaises dont d’autres formations nous ont déjà rassasié, ne figurait pas dans les attentes les plus fébriles de ce festival. Et force est de reconnaître que le timbre très prenant du leader de Phoenix, Joel Frederiksen, la simplicité très directe de sa façon d’aborder ce répertoire de ballades de la Renaissance finissante, sans chichi, sans souci musicologique pesant, et surtout, sans tomber dans le pseudo cross over baroquo-populo, nous ont profondément séduit. Très bien secondé par le ténor Timothy Leigh Evans, peut être un peu moins bien que dans le disque portant le même titre « The Elfin Knight » (Harmonia Mundi) par ses compères instrumentistes (percussionniste un peu trop présent, flutiste carrément déjanté), la basse américaine donna de très séduisantes versions de quasi tubes, comme Walsingham, Greensleeves, Barbara Ellen, souvent dans des tempi plus allants que les versions mièvres que nous pouvons entendre habituellement. Les pièces de Dowland, Vallet, Ravenscroft et Mynshall, qui complétaient ce programme d’œuvres anonymes, furent interprétées dans le même souci de transmettre une émotion directe sans clin d’œil malvenu au public. Est ce cela, l’authenticité ? En tout cas, une très belle surprise.

JPEG - 123 ko
Ensemble Phoenix Munich
© Thomas Zwillinger

Les belles promesses du Quatuor Baillot

Quelques centaines de mètres plus loin et nous voici en l’église de Sainte-Marguerite-sur-Mer pour (enfin) découvrir le Quatuor Baillot. Nous professons une admiration sans borne pour la violoniste Hélène Schmitt (dixième apparition à l’Académie Bach en quinze festivals !) et c’est avec le plus grand intérêt que nous souhaitions prendre connaissance de ce nouveau projet dans lequel elle s’est lancée, voici deux ans, à savoir investir le monde si particulier et exigeant du quatuor à cordes. Forte de sa connaissance de l’interprétation historiquement informée et du fort support de son confrère Xavier Julien-Laferrière, Hélène Schmitt put démarrer l’aventure sous une dénomination faisant référence à Pierre Baillot, ce musicien qui fonda, au début du dix-neuvième siècle, avec Rode et Kreutzer, la fameuse méthode qui allait contribuer à former tant et tant de générations de violonistes. Si les membres du quatuor ne souhaitent pas se fixer des limites chronologiques dans le répertoire abordé, ce sont les premières décennies du genre qui sont explorées et le programme donné à l’Académie Bach en était un bel exemple : quatuors de la fin de carrière de Boccherini, du début de celle de Schubert, et des premiers grands accomplissements de Haydn, respectivement 1799, 1813 et 1781.

Le Quatuor Opus 58 n°4 de Boccherini est une curieuse œuvre : tonalité en si mineur, très rare à l’époque, trois mouvements seulement dont les deux derniers enchainés, un premier mouvement d’une fougue romantique et une partie de premier violon d’une rare virtuosité, ça tombe bien ! Le deuxième mouvement semble, au contraire, récapituler ce que fut l’art des instruments à cordes depuis la période baroque, pour basculer sur un Rondeau très haydnien. Pièce dont on comprend difficilement qu’elle ne soit jamais donnée en concert et dont les enregistrements sont aussi des plus rares. La version qu’en donna le Quatuor Baillot fut en tous points remarquable.

JPEG - 138.4 ko
Quatuor Baillot
DR

On sera un peu moins élogieux quant au Quatuor n°10 de Schubert, en fait antérieur aux trois œuvres qui le précèdent dans la numérotation. Composition d’un garçon de seize ans, qui allait s’inscrire le mois suivant à l’école normale d’instituteurs. La sérénité, un climat de bonne humeur y règnent. Si la mise en place des Baillot nous impressionna encore, nous fûmes un peu déçu de ne pas entendre plus de chant dans l’énoncé des thèmes. Sans doute une plus grande expérience permettra-t-elle aux musiciens de s’extraire de la littéralité de la partition. Le scherzo pourrait un peu gagner en humour. Excellent mouvement lent. Par contre, le Finale mériterait plus d’engagement de la part des parties d’alto et violoncelle. Nul doute que, le travail aidant et les concerts se multipliant, ces petits déséquilibres seront corrigés.

Le concert s’achevait avec le Quatuor Opus 33 n°5 de Haydn, avec son introduction si largement citée par Mozart dans son Quatuor KV387. Les deux derniers mouvements furent parfaits, aussi bien en termes d’homogénéité instrumentale que d’esprit haydnien. Le premier mouvement souffrit en ses débuts de quelques décalages mais c’est surtout le mouvement lent, si proche de la Symphonie « Jupiter » de Mozart, qui gagnerait à laisser le chant s’établir et les silences peser un peu plus. Infimes réserves dans une très belle réalisation qui, à l’instar de l’ensemble du concert, laisse présager de magnifiques accomplissements. A condition que la programmation des institutions françaises invitant des quatuors se fasse un peu plus aventureuse, comme le cœur qui donnait son titre à cette jolie fin de soirée du mercredi.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Varengeville-sur-Mer
- Eglise Saint-Valéry
- 22 aout 2012
- The Elfin Knight : ballades et danses anglaises et écossaises
- Oeuvres anonymes, du manuscrit Rowallen et de John Dowland (1563-1626), Nicolas Vallet (c.1583-c.1642), Thomas Ravenscroft (c . 1582-1635), Richard Mynshall (1582-c. 1637)
- Ensemble Phoenix : Joel Frederiksen, voix de basse et luth ; Timothy Leigh Evans, ténor et percussions ; Stefan Temmingh, flûtes à bec ; Axel Wolf, théorbe et luth ; Domen Marincic, viole de gambe ; Bruno Caillat, percussions
- Joel Frederiksen, direction

- Sainte-Marguerite-sur-Mer
- Eglise Sainte-Marguerite
- Luigi Boccherini (1743-1805), Quatuor en si mineur opus 58 n° 4
- Franz Schubert (1797- 1828), Quatuor n° 10 en mi bémol majeur opus posthume 125 n° 1 D.93
- Joseph Haydn (1732-1809), Quatuor en sol majeur opus 33 n° 5
- Quatuor Baillot : Hélène Schmitt, premier violon ; Xavier Julien-Laferrière, second violon ; Alix Boivert, alto ; Karine Jean-Baptiste, violoncelle





Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 812597

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique de chambre   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License