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Académie Bach d’Arques-la-Bataille 2012 : Hume et Humour

mercredi 5 septembre 2012 par Philippe Houbert

Juste après le concert de l’Ensemble Daedalus dédié au Lamento, les gambistes Susie Napper et Margaret Little, alias les Voix Humaines, nous invitaient à passer dans le chœur de l’église d’Arques pour une seconde partie de soirée consacrée à un programme intitulé « Musicke and Mirth » (musique et hilarité), titre inspiré par une pièce de Tobias Hume, compositeur principal de cette heure de pures délices.

Si les disques réalisés par Jordi Savall ont largement contribué à faire sortir le Captain Tobias Hume de son oubli, il serait injuste de ne pas mentionner nos deux canadiennes qui, depuis plus de quinze ans (deux disques parus chez Naxos, puis un chez ATMA), explorent ce répertoire étonnant. Celui qui disait avoir « consacré ma vie au métier de soldat et à la musique » demeure une énigme pour ce qui est du détail de sa vie. Les pièces, tirées du recueil paru en 1607, alternent les humeurs enjouées et mélancoliques. En fait, la plupart sont des morceaux dédiés à des nobles, proches du roi. Sont-ce des portraits musicaux ou des pièces seulement dédiées indépendamment de la personnalité de l’heureux élu ? Difficile de le dire. Il convient enfin de préciser que Hume, en introduction du recueil, avait envisagé huit façons différentes de donner ces morceaux, adjoignant luth, virginal, voire instruments à vents aux violes de gambe. C’est la version pour deux violes qui nous était proposée en ce début de nuit normande, assombrissant peut-être l’atmosphère générale des pièces, par rapport aux versions où les violes sont accompagnées par des luths notamment.

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Les Voix Humaines
© Johanne Mercier

Après un premier chapelet de trois pièces de Hume (deux pièces vives encadrant le très mélancolique My hope is revived), suivaient Fortune et The Bells de William Byrd, morceaux pour clavier transcrits par Susie Napper. L’entente, la complicité dont font preuve les deux violistes sont étonnantes. Elles cultivent ce répertoire depuis de nombreuses années et semblent y être chez elles (mais une conférence donnée le lendemain les verra aussi « at home » avec Monsieur de Sainte-Colombe). Après une très belle Suite du compositeur morave installé à la cour d’Angleterre Gottfried Finger, les Voix humaines donnaient la Suite en ré de John Jenkins, compositeur qui fait le lien entre la polyphonie élisabéthaine et les influences italienne et française à la cour.

Retour à Hume avec trois nouvelles pièces dominées par The Pashion of Musicke, la bien nommée, d’une grande noblesse de ton et Musicke and Mirth. Pour conclure ce voyage dans l’Angleterre du dix-septième siècle, Susie Napper et Margaret Little nous offrirent une superbe version des Divisions (passages où les notes principales sont divisées en notes plus nombreuses et plus rapides) on a ground en sol majeur de Christopher Simpson, merveille d’inventivité, de joie de vivre, de curiosités harmoniques.

Un autre très beau concert qui nous fait espérer un très rapide retour en France des Voix Humaines.

Poème burlesque

Le dernier concert (celui qui suivra et sera relaté dans la dernière chronique n’en était pas tout à fait un) du festival 2012 était plus un spectacle dont il est très difficile de rendre compte, raison de cette rubrique exceptionnellement courte, tant l’humour en musique ou ailleurs, et encore plus lorsqu’il s’agit de comique burlesque, est inracontable. Le titre « La Mécanique de la Générale » fait bien sûr référence au film de Buster Keaton. Contentons nous donc de quelques pistes pouvant inciter les lecteurs à se rendre le 30 septembre à Vitry sur Seine et le lendemain 1er octobre aux Bouffes du nord à Paris.

Des musiciens – ceux du Poème Harmonique – entrent en scène et débutent un concert consacré à des sonates, fantaisies, passacailles et autres de compositeurs italiens du premier baroque : Uccellini, Falconiero, Merula. Entre les deux premières pièces, un individu vient chuchoter quelque chose à l’oreille de Vincent Dumestre. On comprend qu’il est rembarré. Les pièces se succèdent, toutes plus délirantes de virtuosité les unes que les autres (extraordinaires Mira Glodeanu et Fiona Poupard !). Une première mécanique s’emballe. Profitant des applaudissements saluant la Sonata settima d’Uccellini, l’individu bizarre réapparaît et commence à enlever les chaises. Nouvel échec. Sautons quelques épisodes pour en arriver au retour de celui qu’on comprend être un technicien de plateau, avec une grosse horloge. Il appréhende vite le fait que, en activant les aiguilles de l’horloge, il agit directement sur le moment où les musiciens jouent. Ainsi, le concert repart en arrière, très en arrière même, et ce sont bientôt les gestes mêmes du technicien qui vont interférer sur ce que les musiciens jouent. Nous n’en dirons pas plus car le spectacle est proprement indescriptible. Si vous voulez entendre la version de l’Adagietto de la Symphonie n°5 de Mahler par le Poème Harmonique, leur vision des Danses hongroises de Brahms, de la Lettre à Elise, de l’Apprenti sorcier, et quelques autres surprises, ne ratez pas ce spectacle réjouissant, qui fait exploser les cadres sans la moindre facilité gratuite, et qui doit évidemment beaucoup aux talents de mime, acrobate et comédien de Stefano Amori, et aux réflexes virtuoses des musiciens réunis autour de Vincent Dumestre.

Pas sûr néanmoins qu’une église soit la bonne place pour un tel délire, mais infime réserve.

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- Arques-la-bataille
- Eglise Notre-Dame
- 24 août 2012
- Musicke and Mirth
- Tobias Hume (C. 1569-1645), A Spanish humor ; My hope is revived ; The Earl of Montgomeries delight ; The Pashion of Musicke ; The King of Denmarks Health ; Musicke and Mirth
- William Byrd c. 1540-1623), Fortune ; The Bells (arrangements de Susie Napper)
- Gottfried Finger (c. 1655-1730), Sonate en ré majeur
- John Jenkins (1592-1678), Suite en ré
- Christopher Simpson (c. 1602-1669)
- Les Voix Humaines : Susie Napper et Margaret Little, violes de gambe

- 25 août 2012
- La Mécanique de la Générale, fantaisie pour cordes
- Œuvres de Marco Uccellini (c. 1603-1680), Tarquinio Merula (c. 1595-1665), Andrea Falconiero (c. 1586-1656), compositions originales et arrangements
- Nicolas Vial, mise en scène ; Morgan Jourdain, Nicolas Vial et Vincent Dumestre, conception dramaturgique
- Stefano Amori, comédien
- Le Poème Harmonique : Mira Glodeanu et Fiona Poupard, violons ; Lucas Peres, viole de gambe ; Michele Zeoli, violone ; Frédéric Rivoal, clavecin ; Vincent Dumestre, théorbe





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