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A-Ronne II : Berio toujours vivant

samedi 18 juin 2011 par Philippe Houbert

Belle idée qu’a eue le festival Agora de l’IRCAM de reprendre ce spectacle venant de Bruxelles, qui avait déjà été donné dans le cadre du festival de 2006.

Après Passaggio en 1962, Esposizione en 1963 et Laborintus II en 1965, A-Ronne fut, en 1974, la quatrième collaboration entre Luciano Berio et le poète Edoardo Sanguineti. Les liaient le même amour des langues, de leur juxtaposition, des mélanges de styles et l’utilisation de citations de textes d’époques et d’origines diverses. Et, bien évidemment, les questions sociales, tous deux ayant fréquenté le parti communiste italien. A-Ronne fut conçue comme une pièce radiophonique ludique et fut produite pour la station hollandaise KRO d’Hilversum. A-Ronne est un peu l’équivalent de notre expression de A à Z, le Ronne étant, après le Ette et le Conne, l’ultime lettre d’un alphabet italien ancien. Cinq acteurs sont utilisés avec une faible contribution électronique. Le texte de Sanguinetti est repris jusqu’à vingt fois par certaines voix, de façon à en explorer tout le potentiel sémantique et acoustique. Aux latin, italien, grec, anglais et allemand, initialement convoqués par Berio et Sanguineti, Ingrid von Wantoch-Rekowski, metteuse en scène de ce spectacle donné à l’Opéra Comique, a ajouté (d’où la numérotation II accolée à A-Ronne) le français et le japonais. Le texte est constitué de collages d’extraits du début de l’Evangile de Jean, du Faust de Goethe, de la Divine Comédie, du Manifeste du parti communiste de Marx et Engels et de citations de T.S.Eliot et de Roland Barthes.

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© Alice Piemme

Cinq personnages, sortis de tableaux de la Renaissance flamande ou espagnole, prennent place sur des sièges disparates, face au public. Une fois assis, le rituel se met en place, par une succession de saynètes où les personnages, soit seuls, soit en interrelation avec d’autres font vivre les mots du texte. Ceci va d’une simple confession au dialogue d’un couple dans un lit, d’une discussion véhémente sur un marché à des crises d’hystérie. L’essentiel repose sur l’étrange poésie que cet assemblage hétérogène de bruits, du susurrement au cri bestial, va générer. Il ne s’agit plus d’essayer d’individualiser les situations (même si certaines peuvent susciter les rires) mais de se laisser aller à ce fleuve sonore accompagnant les rictus et contorsions des personnages.

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© Éric Legrand

La virtuosité, tant verbale que gestuelle, des cinq acteurs, est phénoménale. Le rebond est permanent entre des combinaisons diverses et sans cesse changeantes, jusqu’à l’extinction visuelle et sonore. Musicalement, bien qu’on hésite à utiliser ce mot, on se situe à mi-chemin entre les chansons polyphoniques de la Renaissance où l’ensemble noie le détail, le madrigal de Gesualdo où toutes les passions terrestres sont convoquées, et certaines œuvres des contemporains de Berio, Stimmung de Stockhausen ou Aventures de Ligeti. On entre dans le théâtre en se disant « ah ! encore du théâtre musical bien daté années 60 et 70 » et le sorcier Berio, comme il l’a toujours fait, nous met dans sa poche par son imagination de tous les instants au service de la poésie pure.

Très grand spectacle, magnifique visuellement, dont il faut remercier Agora, mais surtout Ingrid von Wantoch-Rekowski et ses cinq formidables acteurs. Peut-on en espérer un DVD un jour ?

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- Paris
- Opéra Comique
- 09 juin 2011
- Luciano Berio (1925-2003), A-Ronne II, d’après l’œuvre radiophonique A-Ronne (1974) pour cinq comédiens sur un poème d’Edoardo Sanguineti ; créé le 05 novembre 1996 aux Brigittines de Bruxelles
- Mise en scène, Ingrid von Wantoch-Rekowski ; assistance à la mise en scène, Edith Bertholet ; lumières, Jan van Gijsel ; coiffure, Laetitia Doffagne ; création maquillage, Joëlle Carpentier ; maquillage, Laura Lamouchi
- Interprétation : Dominique Grosjean, Sophia Leboutte, Annette Sachs, Pietro Pizzuti, Gaëtan Wenders
- Production : Lucilia Caesar et les Brigittines






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