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jeudi 20 octobre 2011 par Nicolas Mesnier-Nature
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Svetlin Roussev
© Eric Manas

Pour ce premier concert de rentrée avec l’Orchestre de Besançon-Montbéliard Franche-Comté, il nous a été concocté un programme fort original. Originales les Quatre saisons vivaldiennes ? Plus qu’on ne le croit une fois que l’on est sorti de notre supermarché habituel, de notre ascenseur de bureau quotidien ou de la salle d’attente de notre médecin généraliste préféré dans lesquels ont pu résonner à notre oreille inattentive quelques bribes de ces concertos joués n’importe comment par n’importe qui et sur n’importe quoi. Et même de notre salon audiophile pour lequel on n’a pas pris sa voiture, payé sa place de parking et de concert pour s’installer plus ou moins confortablement dans une salle bondée, silencieux et attentif au milieu de la foule face à une scène un peu trop grande pour les dix-huit cordes, le clavecin et les deux solistes. Combien étaient venus pour Vivaldi ? Combien pour Piazzolla ? Et combien pour Bacri ? Certainement dans cet ordre. Et l’ordre, c’est ce qui fit tout dans cette soirée.

Commençant par l’unique Automne de Nicolas Bacri (le plus « dur » d’abord), et eu égard à sa qualité musicale, la curiosité et peut-être la logique de l’ensemble aurait mérité de faire connaître les autres parties de cette œuvre composée entre 2000 et 2002. L’effectif est proche du baroque, mais pas le langage. Toutefois peu dissonante, l’écriture reste moderne mais tempérée, et à la recherche constante d’une atmosphère, ou plutôt d’une impression que délivrent les couleurs de cette période de l’année, toute en transition. En écoutant Bacri, on ressent ce basculement de l’une à l’autre, cet éloignement de la lumière chaude de l’été vers les sensations différentes de l’hiver. Le ton est grave, très différent de l’automne vivaldien.

Et puis nous voilà en terrain « connu » avec le prêtre roux. Svetlin Roussev s’empare du Printemps avec énergie et enthousiasme. Dirigeant et « solistant » en même temps, le violoniste bulgare se permet ici ou là, dans le pur esprit d’une époque où l’on n’avait pas les yeux vissés sur la partition pour ne pas commettre la moindre infamie lèse-compositeur, des petites variations improvisées, des appogiatures, des notes rajoutées, qui n’enlèvent rien et plutôt même en ajoutent à l’esprit de liberté et de joie planant sur cette partition. L’orchestre lui aussi suit le soliste sur le terrain des libéralités (curieux effets de pizzicatos très accentués dans le final de l’Automne ou effet de grincements appropriés au début de l’Hiver, comme si l’on serrait les dents pour résister au froid). Comme quoi, même si l’on ne joue pas sur des « instruments anciens », nouvelle norme interprétative en matière de musique préromantique dans le meilleur des cas, on peut s’avérer être tout à fait dans l’esprit et convaincre son public.

Mais l’originalité susmentionnée ne tient pas seulement là. En effet, brisant le déroulement stylistiquement logique d’un concert classique qui veut qu’on n’interrompt pas une œuvre par une autre, à chaque saison vivaldienne suit une saison piazzollienne. La version originale pour bandonéon et orchestre est ici « classicisée » et jouée pour la même formation que Vivaldi. A la place du bandonéon, le violoncelle de Sébastien van Kuijk. Quittant provisoirement le pupitre de l’orchestre, à chaque fois il s’installera en position de soliste. Le réformateur du tango a produit avec cette œuvre composée entre 1964 et 1970 une partition haute en couleurs, en rythmes et en recherches sonores originales pour notre oreille classiques. Celui qui voulait être compositeur classique et auquel on conseilla d’être avant tout Piazzolla mélangea les genres avec adresse et virtuosité et a donné bien du fil à retordre à notre soliste qui s’en est tiré avec brio. L’habileté technique était bien ce soir à Besançon au rendez-vous et au service de la musique. Chacun a pu s’en rendre compte dans les passages caractéristiques au thématisme langoureux typique de Piazzolla, mais exécutés avec goût et sensibilité. Les quelques citations venues de Vivaldi, certains effets de glissandos ont ajouté une touche d’humour très bien venue.

Une soirée bien menée qui commence en beauté la saison bisontine.

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- Besançon
- Le Théâtre Musical
- 14 octobre 2011
- Antonio Vivaldi (1678-1741), Les Quatre Saisons pour violon et orchestre à cordes
- Astor Piazzolla (1921-1992), Les Quatre Saisons de Buenos Aires pour violoncelle et orchestre à cordes
- Nicolas Bacri (né en 1961), Concerto nostalgico op.80 n°1, l’Automne, pour violon, violoncelle et orchestre à cordes.
- Sébastien van Kuijk, violoncelle
- Orchestre de Besançon-Montbéliard Franche-Comté
- Svetlin Roussev, violon et direction











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