
Quelques jours après qu’elle eût reçu le Prix Franco Abbiati de la meilleure production lyrique de l’année, nous avions la chance d’assister à une représentation de la Carmen à laquelle était dévolue la prestigieuse récompense, non pas au Liceu de Barcelone - où la production a d’abord vu le jour en octobre 2010 - mais au Théâtre de Bâle. Revue et corrigée par le trublion catalan Calixto Bieito, cette Carmen valait certes le détour pour sa proposition scénique décapante du chef d’œuvre de Bizet, mais également pour la magnifique chanteuse-actrice qui incarnait le rôle-titre : Tanja Ariane Baumgartner.

C’est avec un enthousiasme mérité qu’a été accueillie à Saint-Etienne cette magnifique production de Madama Butterfly, signée Alain Garichot et créée à Tours en 2001. Economie de moyens, éclairages superbes, gestuelle épurée portée par des chanteurs excellents, direction musicale fougueuse et passionnée : ainsi pourrait-on résumer ce spectacle d’un niveau et d’une homogénéité rares.

Un mois tout juste après son triomphe à Munich dans le rôle, Anja Harteros chantait à nouveau l’Elisabeth du Don Carlo de Verdi à l’Opéra de Zürich, dans une nouvelle production confiée au metteur en scène « chouchou » de la vénérable institution suisse : Sven-Eric Bechtolf. Si la soprano allemande s’y est révélée tout aussi magistrale, autant vocalement que scéniquement, on a dû en revanche déchanter quant au reste de la distribution, bien inférieure à celle réunie dans la capitale de la Bavière.

Il est des soirées à l’opéra qui demeurent inoubliables : la représentation de Madame Butterfly à la Halle aux Grains de Toulouse en fut, sans le moindre doute. Le public toulousain a pu entendre, en l’interprétation de la soprano Hui Hé, à l’évidence, l’une des meilleures Madame Butterfly au monde.

Quelle étrange idée que de déplacer le prologue d’I Pagliacci en tête du spectacle, et donc avant l’ouverture de Cavalleria rusticana qui ouvrait la soirée ! Cavalleria rusticana entrait au répertoire de l’Opéra (même s’il fut joué à l’Opéra Comique du temps de la réunion des deux maisons), tandis qu’I Pagliacci retrouvait la scène parisienne après de longues éclipses depuis sa création à Garnier en 1902. L’Opéra de Paris a décidé de grouper les deux œuvres emblématiques du vérisme italien en se conformant à une tradition scellée de longue date par toutes les scènes, mais a eu l’idée de renforcer ce rapprochement en déplaçant le prologue de l’opéra de Leoncavallo en tête du spectacle, comme pour former un écrin commun aux deux œuvres. Pourtant, les deux pièces ne partagent que le fait d’être considérées comme le fer de lance du vérisme et sont de caractère très différent.
En plus des cinq titres qui constituent sa saison lyrique 2011-2012, l’Opéra-Théâtre d’Avignon affichait, pour une représentation unique, le rarissime Docteur Miracle de Georges Bizet, avec un quatuor de jeunes chanteurs français tous très prometteur. En première partie, le magnifique (et inexplicablement rare) Festin de l’Araignée - musique de ballet composée en 1912 par Albert Roussel - a également ravi l’auditoire provençal.

Moins de trois semaines après son éclatant succès à l’Opéra de Lille, c’est à Dijon que la production du Couronnement de Poppée - signée Jean-François Sivadier - faisait escale. Reprenant la « recette » - nous y reviendrons - qui avait déjà fait triompher sa mise en scène de la Traviata in loco en mars dernier, l’homme de théâtre français est en train de devenir un collaborateur privilégié de l’institution bourguignonne. Ce dont le public local ne semble pas se plaindre, au vu de l’étonnant accueil qui lui a été réservé au moment des saluts.

Compositeur prolixe, Daniel-François-Esprit Auber signait avec la Muette de Portici une œuvre au succès phénoménal tant en France que dans le reste de l’Europe. De nos jours, cependant, l’opéra n’est plus connu des mélomanes que pour avoir été un élément catalyseur de la révolte contre Guillaume d’Orange en 1830 ayant mené à l’indépendance de la Belgique et pour avoir la singularité d’introduire une héroïne muette à laquelle étaient dévolues de grandes pages de pantomime.
Simple succès de circonstance, comme le jugent parfois sévèrement les historiens ? La Muette de Portici mérite mieux que cette légère condescendance. Produit d’une époque, à la naissance d’un genre, celui du grand opéra, l’œuvre mérite d’être redécouverte sur scène, offrant des situations dramatiques (hautement improbables, mais nous sommes au-delà du vraisemblable), des prouesses vocales et peut, comme ce fut le cas à sa création, former la base d’une scénographie à grand spectacle propre à séduire les spectateurs.

Quarante ans après avoir vu le jour au Staatsoper de Munich, la mirifique production du duo Otto Schenk/Jürgen Rose venait aborder les rives du Lac Léman. Moment d’émotion, le metteur en scène (82 ans) et son scénographe étaient présents aux saluts en cette soirée de Première, les deux hommes ayant tenu à régler eux-mêmes les détails de cette mythique collaboration.

Dirigeant depuis 2008 les productions à Bayreuth de l’œuvre, Daniele Gatti vient donner pour deux soirs « son » Parsifal en version de concert avec l’Orchestre national de France. En dépit d’un orchestre plus impliqué qu’à l’accoutumée et d’un très solide plateau vocal, ce Parsifal qui se veut contemplatif jusqu’à l’immobilité ne parviendra pourtant pas à convaincre.










