
Chargée d’histoire, écrin privilégié pour les musiciens et le public, la Salle Garnier attirait un public nombreux et élégant pour un prestigieux concert au programme certes atypique, mais totalement enthousiasmant, donné par Emmanuel Pahud, Dima Slobodeniouk, étoile montante de la direction et l’éblouissant Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo.

Impressionnant. Alors que la plupart des concerts nous offrent un programme traditionnel composé d’une ouverture, d’un concerto et d’une symphonie en deuxième partie, Sofja Gülbadamova s’impose comme soliste de trois concertos dans la même soirée. Et quelle soliste !

Il en va des concerts comme des meetings : bien souvent, un seul nom attire les foules. Ce soir, au grand Kursaal, sous le plafond en coupole orné de fresques de la fin du XIXè siècle, tout le monde attendait Nemanja Radulovic, violoniste serbe habitant maintenant la France.

Après une Symphonie n°4 sous la direction Karl-Heinz Steffens, cette Symphonie n°9 par l’Orchestre philharmonique de Monte Carlo dirigé par Jonathan Nott achève un cycle Bruckner qui a fait entendre au cours du Printemps des Arts quelques orchestres de dimension mondiale. Si la direction de Jonathan Nott, claire et efficace, n’offrira guère de surprises, l’orchestre local, autant dans ses qualités que dans ses couleurs, présente lui de bonnes raisons de se réjouir.

Dans le cadre du Printemps des Arts, l’Orchestre Philharmonique de Monte Carlo s’est déplacé au Grimaldi Forum pour un agréable moment « romantique » avec Bruckner, un concert dirigé par Karl-Heinz Steffens.

Avouons qu’à ce concert nous partions circonspect : deux concertos romantiques par Evgeny Kissin, l’enfant-musicien-star qui n’a pas arrêté depuis le début de sa carrière à dix ans de voir son jeu se dégrader, combinant une technique, au sens le plus trivial du terme (c’est-à-dire appuyer sur les bonnes touches au bon moment), d’une assurance certaine, à une technique, au sens noble du terme (c’est-à-dire construire un jeu qui ait un sens), extrêmement douteuse, voilà de quoi effrayer le plus blasé des spectateurs. Avouons donc notre surprise d’entendre deux concertos, certes plutôt ratés, mais loin de l’insupportable tel qu’on le rencontre chez certains de ses confrères, et qui connaîtront quelques touches bienvenues. Aimant être agréablement surpris, tout cela aurait pu parfaitement se terminer entre nous, si Evgeny Kissin n’avait pas donné deux rappels qui sont simplement la pire chose entendue à Pleyel durant l’année, tous genres confondus.

Formation un peu négligée par la cartographie musicale française, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo entamait en cette fin d’hiver une tournée européenne qui faisait escale à la merveilleuse Tonhalle de Zurich. Sous la direction de Giancarlo Guerrero, l’orchestre principautaire livrait un programme réunissant de grandes pages du répertoire, pour le plus grand bonheur du public suisse, et du nôtre.

Mois de février russe pour Radio France : avec trois concerts de suite – nous entendrons les deux premiers – consacrés entièrement à la musique russe – enfin aux trois compositeurs russes ayant jamais écrit de la musique au XXème siècle, Rachmaninov, Prokofiev et Chostakovitch, les autres étant tous partis pêcher le golomianka dans ce qui est sur la carte du répertoire l’équivalent de la Sibérie orientale – l’Orchestre Philharmonique de Radio France, et pour le troisième concert son Académie, déroulent en ce mois de février un répertoire qu’ils jouent mieux que n’importe quel orchestre français, pour des concerts qui finissent malheureusement par se suivre et se ressembler.

La musique symphonique de Gustav Mahler est un défi ambitieux pour tout chef d’orchestre, car elle n’est pas un art autonome mais au contraire sous-tendu par de multiples idées et conceptions religieuses, philosophiques et littéraires. Pour beaucoup, Mahler était un « mystique », un « philosophe symphoniste » que la question du sens de l’existence et de la fin dernière obsédait. La Deuxième Symphonie est le parangon de ce questionnement mahlérien où le compositeur exprime avec force sa foi en l’immortalité, sa vision de la mort comme un passage avec ses propres mots : « Sterben werd ich, um zu leben ! » (« Je mourrai afin de vivre ! »). Tugan Sokhiev, à la tête de l’Orchestre national du Capitole n’a pas tout à fait réussi à communiquer cette profondeur malhérienne au public toulousain.

Dès les premières mesures de la Symphonie n°12 de Chostakovitch, la puissance sonore et la force expressive de l’Orchestre du Théâtre Mariinsky se fait entendre et sentir. Les violoncelles et les contrebasses lancent leur première ligne en écrasant les cordes avec un vibrato appuyé et inquiétant. Le reste des cordes leur répond à l’identique. Tout ici est nerveux et pesant. La réexposition démontre l’impressionnante expressivité de l’orchestre : violoncelles et contrebasses forment comme une mer de vagues sonores sur lesquelles les violons glissent avec onctuosité. On est saisi par la puissance et le lyrisme de tout l’orchestre, la force et le brillant des cuivres, les traits surhumains du basson et le rythme fiévreux imposé par Valery Gergiev. Dans cette débauche sonore, le chef reste imperturbable : avec des gestes mesurés et précis, il signifie les départs, les repères et les intentions.









