Deux quatuors phares de deux générations différents : ceux qui ont magistralement occupé le champ du répertoire contemporain sur bientôt quatre décennies et ceux qui constituent peut-être la plus impressionnante des jeunes formations. Le passionnant cinquième quatuor de Rihm pour les premiers, le deuxième de Beethoven pour les seconds, et l’Octuor de Chostakovitch où, suprême élégance, Irvine Arditti laissait à son cadet le soin de mener. On était en droit d’attendre des merveilles de ce concert, on n’a pas été déçu.
Il en va du Quatuor de Tokyo comme de toutes ces formations qui perdurent, décennies après décennies, en changeant leurs membres : on se demande à chaque concert si c’est encore le Quatuor de Tokyo qu’on entend. Remplacer un quartettiste, c’est plus délicat que de changer un gouvernail sur le bateau de Thésée. Certes, ces quatre-là travaillent ensemble depuis plus de dix ans désormais, et leur équilibre est patent depuis un bon moment. Mais cela suffit-il pour garantir une continuité ? Leur programme de ce soir : Mozart, Beethoven, Bartok, était de nature à fournir des éléments de réponse tant ils y ont brillé par le passé, à la scène comme au disque.

Le festival Voix intimes de Tournai invitait ce dimanche le Quatuor Tana, jeune formation bruxelloise qui bénéficie du soutien de l’ensemble Musiques Nouvelles de Mons.

Dans l’horizon de la musique contemporaine, en mettant en particulier cette saison le compositeur, très célèbre en Angleterre mais très peu joué en France, James MacMillan, l’Ensemble orchestral de Paris (qui deviendra bientôt l’Orchestre de chambre de Paris) a fait son choix : celui de la dite, plutôt péjorativement, néo-tonalité. Si le cas renvoie à la polarisation artificielle de la vie musicale française, à son goût des écoles, autant qu’aux désidératas du public de l’EOP, de naturel curieux mais conservateur de goût, il n’est pas a priori signe de musique au rabais, comme le montre ce programme de musique de chambre, bien plus aimable que le papier ne le laissait supposer.
Le Quatuor Prazak est un invité régulier de la Biennale de Quatuors à cordes qui fête, cette année, sa cinquième édition consécutive, et affiche une belle santé, compte tenu de la fréquentation qu’elle génère. Ensembles en devenir et valeurs sûres se croisent l’espace d’une petite semaine, et généralement autour d’une seule et même thématique, en l’occurrence, Wolfgang Rihm pour cette année. Cette intégrale Rihm a pu réserver quelques belles surprises, tenant parfois du miracle : on n’attendait pas vraiment les Prazak dans ce répertoire, c’est pourtant avec lui qu’ils ont réussi pleinement à nous convaincre.
L’association Chambre à part continue à promouvoir obstinément la musique de chambre de qualité à Lille en organisant sa déjà cinquième saison cette année, et toujours sans le moindre sou de subvention publique. La saison des concerts du dimanche matin à l’auditorium du Conservatoire est déjà bien entamée, alors que celle des concerts du dimanche après-midi au Palais des Beaux-Arts débutait en cette fin de novembre avec un double concert assuré conjointement par le Quatuor Kryptos et par une formation constituée de musiciens de l’ONL, que nous nommerons pour plus de facilité Quatuor Chambre à part.
Après avoir erré dans plusieurs salles de la ville, le Festival Aujourd’hui musiques inaugure sa vingtième édition dans le Théâtre de l’Archipel nouvellement inauguré. Comme pour souligner la transversalité de la manifestation dans un lieu voué à la rencontre des genres et des cultures, c’est à une formation emblématique du métissage des styles, le Trio PAJ, réunissant Michel Portal, Roland Auzet et Pierre Jodlowski, que revient l’honneur de couper le ruban du festival.
Le remplacement d’un membre d’un quatuor, fut-ce son primarius n’est pas toujours une secousse d’une magnitude telle qu’elle en menace l’identité. Mais Vaclav Remes était bien l’âme de cette formation qui a souvent, ces vingt dernières années, tutoyé les sommets. Sa maladie et la fragilité des dernières performances du Quatuor Prazak rendaient certes son départ inéluctable, pourtant tout amoureux de cette formation ne pouvait qu’être très inquiet à cette idée. Cela fait déjà quelques mois que Pavel Hula, ancien primarius des Kocian, a pris la relève et ce concert permettait donc de dresser un premier bilan. D’autant que le programme, ardu s’il en est (Quatuor n°1 de Brahms, Quatuor n°20 de Mozart et Suite Lyrique), était constitué d’œuvres qui ont été de leurs chevaux de bataille glorieux.
Configuration un peu particulière pour le Quatuor Pražák pour ce premier concert d’un couplage qui les verra couvrir un large répertoire : si la première partie les voit défendre un quatuor assez rare, l’Opus 10 de Hindemith, ils sont rejoints dans la deuxième par des collègues tchèques pour donner une œuvre… sans quatuor à cordes, le Pierrot lunaire de Schönberg.
En cette fin de mois d’octobre, un nouveau festival voyait le jour en Belgique, le Festival international de musique de Jodoigne, ville du Brabant wallon située entre Bruxelles, Louvain et Namur. Cette nouvelle manifestation, organisée par l’ASBL « le chemin des artistes » spécialement créée pour l’occasion par une équipe de bénévoles, bénéficie d’un cadre très propice, la chapelle Notre-Dame du Marché, un édifice au centre de la ville, magnifiquement restauré, transformé en salle de concert et d’exposition, un lieu idéal pour la musique de chambre, dont l’inauguration a eu lieu à peine une semaine avant le lancement du festival.





