
Jordi Savall est l’une des rares icônes de la musique classique d’aujourd’hui. La moindre de ses prestations est attendue tel l’oracle et, depuis la disparition de son Eurydice, l’Orphée catalan a encore gagné en sympathie, voire en idolâtrie, de la part du public. Si son investigation de l’Histoire musicale ancienne au travers de quelques personnalités marquantes nous rend de plus en plus perplexe, chaque apparition du gambiste à la tête de son Concert des Nations nous ravit de joie. Allait-il en être de même avec ce concert dédié au règne de l’esprit français sur l’Europe musicale de la première moitié du dix-huitième siècle ?
Le concert de l’excellent ensemble Ictus dans le cadre du festival Musica offrait trois créations – deux françaises et une mondiale – de trois noms forts de la nouvelle musique, venants des trois vieux pays de musique que sont l’Italie, l’Autriche et la France. Avec un sens aigu du prévisible, le concert se déroulera en ordre : une superbe réussite et deux inutiles pensums.
Nous avons souhaité donner une place particulière à ce qui, au-delà d’une programmation bien remplie, nous a semblé la partie la plus originale de cette semaine haute-normande : les quatre concerts donnés en fin de matinée des 22, 23, 24 et 25 août, formant un cycle intitulé « Vater unser im Himmelreich » (Notre Père au royaume des cieux).
Juste après le concert de l’Ensemble Daedalus dédié au Lamento, les gambistes Susie Napper et Margaret Little, alias les Voix Humaines, nous invitaient à passer dans le chœur de l’église d’Arques pour une seconde partie de soirée consacrée à un programme intitulé « Musicke and Mirth » (musique et hilarité), titre inspiré par une pièce de Tobias Hume, compositeur principal de cette heure de pures délices.
Comme la veille, la soirée du jeudi 23 désertait l’épicentre du festival pour nous convier à la découverte de deux églises du bocage haut-normand : celles d’Offranville et la petite bonbonnière de Colmesnil-Manneville.
En léger décalage avec le calendrier commémoratif du quadricentenaire de la mort du Caravage, le musée Fabre à Montpellier propose en collaboration avec celui des Augustins à Toulouse une exposition consacrée à l’influence de l’impétueux lombard sur la peinture européenne de son époque et de l’ensemble du dix-septième siècle. Tandis que la Ville rose en présente la part septentrionale, à la cité languedocienne incombe celle exercée en France, en Espagne, et bien sûr en Italie. C’est tout naturellement que le nouveau directeur du festival de Radio-France a souhaité programmer en contrepoint une série de concerts, permettant d’apprécier ce que les contemporains et immédiats descendants que Caravage ont pu entendre de plus ou moins imprégné de l’esthétique novatrice de Merisi. Et cela commence par l’Espagne du siècle d’Or finissant sous la houlette d’Albert Recasens, à la tête de la Grande Chapelle.
Comme il est de tradition en l’église d’Arques, le second concert de la soirée, après celui donné par Musica Contexta, toujours d’essence plus intime, nous conduisait de la nef au chœur pour un programme présenté par le jeune (de formation) ensemble Contre-Eclisse fondé par la claveciniste et organiste Maude Gratton.
Jeune ensemble récemment formé par des étudiants du CNSM de Paris, Entrelacs se produisait pour la première fois aux Flâneries musicales de Reims ce samedi 23 juin, très exactement à Bazancourt, dont la nouvelle salle de spectacles, fort moderne, se doit d’être rodée. Entre une acoustique peu idéale et quelques flottements dus aux exigences de partitions peu évidentes à maîtriser, l’ensemble s’en est sorti avec les honneurs, se permettant le luxe de faire entendre au public la très rare Musique de Chambre n°1 de Bohuslav Martinu.
Après une première édition d’ampleur assez modeste, les Nuits baroques du Touquet Paris-Plage, en cette année où on célèbre le centenaire de la création de la station balnéaire, offrent en trois soirées un programme à la profusion toute baroque. Trois soirées qui mêlent le théâtre, la danse et la musique pour une vingtaine de représentations au total, qui vont de l’intermède théâtral de quelques minutes à l’exécution en version de concert d’une tragédie lyrique de Rameau.
Dans le cadre Art-Déco du Palais des Congrès, la soirée inaugurale qui avait pour titre « Fête princière » débutait pour le festivalier par un choix à faire entre trois spectacles donnés simultanément : deux représentations théâtrales et un concert de musique hispano-américaine.
Le troisième concert du festival Voix étouffées, à la Salle Cortot, invite le 1. Frauen-Kammerorchester von Österreich, autrement dit le premier orchestre féminin d’Autriche. Comme son nom l’indique, c’est un orchestre uniquement composée de jeunes femmes, créé en 1982 en signe de protestation face à la vie musicale germanique d’alors – rappelons que le Philharmonique de Berlin et le Philharmonique de Vienne, pour ne citer qu’eux, n’ont accueilli de femmes dans leurs rangs qu’à partir des années 1990. Si la question n’est plus autant d’actualité qu’à l’aube des années 1980, il reste un orchestre représentatif du haut niveau de la vie musicale autrichienne, qui interprète ici un très beau programme.
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